Mamans formidables : témoigner d'une expérience

Mis en place il y a dix ans par le Conseil départemental de l’Essonne et la mission locale Nord Essonne, le groupe de paroles "Mamans formidables" propose à de jeunes mères une aide à l’insertion. C’est un groupe ouvert, dans lequel les femmes passent, restent, partent, reviennent.

La mission confiée est d’honorer les participantes par leur expression singulière et de laisser une trace de ce travail. L’ambition est de motiver la création d’expériences similaires en faisant connaître le groupe de paroles et en témoignant de cette expérience.

Sept mamans viennent, en petit effectif (5 maximum) pour un ou plusieurs des 5 ateliers proposés. 8 personnes participent aux deux ateliers d’équipe.


 Un temps d’écriture et d’échanges pour les mamans

Le temps de l’atelier, l’équipe s’occupe des bébés et des enfants dans le parc de Chamarande ou à la mission locale de Savigny-sur-Orge.  


Ouvrir des portes par des inducteurs variés

Liste, texte à compléter, notices d’un dictionnaire : les invitations à écrire varient. Les réponses aussi. Tout aussi bien télégraphiques, orales, ou difficiles à arrêter, elles réservent une place à part au premier temps dans le groupe. L’instantané du polaroid et le journal sont aussi mobilisés pour faire apparaître un avant et un après. Et la recherche d’une forme pour une publication ultérieure (livret, dépliant…) fait l’objet d’échanges. Les encadrants sont eux aussi invités à l’écriture de leur dictionnaire puis amenés à exprimer leurs missions et façons d’exercer vues par un autre puis par eux-mêmes, et invités à prolonger les expériences du groupe par des projections imaginaires.

Extraits d'écrits des mamans

« C’était le château de Branay. Un silence glacial nous accueille comme dans un film d’horreur. En fait, le château n’était pas comme on l’imaginait avec des tours, un pont-levis, les valets, des pièces secrètes et de la porcelaine. Mais le lieu était tellement calme et paisible que l’on pouvait entendre le bruit du vent et les chants d’oiseaux. » (Adèle)

  « Le 1er jour c’était trop difficile de rencontrer les gens que je connais pas. Et c’était la 1ère fois que je me suis séparée de ma fille de 10 mois, on n’a jamais été séparées, même pas 30 mn. Ma fille elle était trop contente de jouer et de rencontrer d’autres enfants et aussi elle a pris confiance elle a commencé à marcher toute seule et moi quand ils m’ont dit que ma fille elle marche, j’étais choquée. » (Patricia)


Extraits d'écrits de l'équipe

« 17 enfants à garder. 3 bébés de moins d’un an. 5 entre 3 et 10 ans. 4 de plus de 10 ans. 5 entre 6 et 10 ans. […]2 bébés qui étaient calmes se mettent à pleurer en même temps. J’en prends un et Roberte aussi. Le 3ème se met aussi à pleurer. Je me baisse pour essayer de le calmer. Comment faire ? J’ai 2 bras, je pourrai les prendre tous les deux…mais un peu risqué quand même !!! Il faut faire attention et j’ai promis aux mamans de bien m’en occuper. Je chante, j’attrape un jouet et tout doucement il se calme. » (Ketty)

« Ça fait 12 ans. Douze ans que je me suis lancée dans cette aventure des jeunes mamans qui se sont renommées les mamans formidables. […]Et puis, il y a ces femmes avec leurs enfants, ces warriors, ces héroïnes qui, malgré tout ce qu’elles ont vécu, survivent et confirment qu’aussi bas qu’on soit tombé on peut se relever et continuer. Et il y a celles qui m’insupportent. Comment moi qui prône l’ouverture d’esprit et d’autres valeurs humanistes, je me retrouve à constater qu’il y a des mamans qui m’insupportent ? [...]Ouh, là ! J’avais grande envie de l’envoyer sur les roses. Et puis, je me suis rappelé, aimer ou ne pas aimer quelqu’un, c’est quand même voir la personne. Alors comment faire avec cette difficulté de relation. Il n’y a que moi qui puisse y faire quelque chose. Après tout c’est moi qui ne la supporte pas, elle, elle n’a rien demandé ! » (Véronique)


Illustration : Henri Matisse. Portrait de Pierre, 1909